Kheira Flidjani arrive à Paris en 1930, un an avant le début de l'exposition coloniale internationale. Elle fait ses études à l'École des Beaux-Arts de Paris et exerce divers métiers artistiques dans le music-hall et des petits rôles dans le cinéma pour payer ses cours. Elle côtoie le milieu artistique parisien de l'époque, dont Henri Matisse et Pablo Picasso. Elle commence tout d'abord à peindre des paysages, des natures mortes et s'exerce même à la glaise et à la sculpture. Libre et pleine de foi en l'art, elle se lance dans la peinture du nu. Kheira Flidjani a une approche directe, souvent frontale du modèle, aplats de couleurs et coups secs de pinceaux, impromptue du détail allusif et la force expressive du ton localement porté à son maximum d'intensité.
Lors de la guerre d'Algérie, elle est emprisonnée par la France pour ses activités de soutien à la cause algérienne. En 1963, un an après l'indépendance, Kheira Flidjani retourne en Algérie, en pleine révolution culturelle africaine, politiquement socialiste et tiers-mondiste, pour ne plus jamais la quitter.
À son arrivée, elle est contactée par Bachir Yellès qui lui fait part d'un salon de peintres. Elle propose une œuvre intitulée L' Odalisque : « Je l'avais peinte pendant la seconde guerre mondiale. Je venais d'apprendre que mon père était décédé. Pendant toutes ces années, je n'ai pu avoir d'autres nouvelles de ma famille. Mais actuellement cette toile porte le titre de La belle Algéroise. Le décor représente un intérieur d'autrefois. Je l'ai voulu allongée sensuellement ». Le visage du modèle rappelle immédiatement celui de l'artiste. Elle rit et ne le nie pas. « Oui. Mais ce n'est pas une odalisque du vingtième siècle mais du temps de la princesse Aziza. Cette peinture en changeant de titre m'a inspiré une autre œuvre qui porte sur l'évolution de la femme ».
En 1963, dans la suite des organisations collectives en Algérie, douze peintres se regroupent à l'École Supérieure des Beaux-Arts d'Alger et décident la création de l’Union Nationale des Arts Plastiques (UNAP) cristallisant la fine fleur de la peinture algérienne. Il y avait Bachir Yellès (président fondateur), Ali Ali-Khodja, Choukri Mesli, Mohamed Temmam, M'hamed Issiakhem, Mohammed Khadda, Mohammed Zmirli, Mohamed Bouzid, Mohamed Ranem, Ahmed Kara-Ahmed, Mohamed Louaïl et Kheira Flidjani.