Bendehiba Khadda, père du peintre, né en 1912 dans la commune de La Mina (wilaya de Tiaret), était arrivé encore jeune à Mostaganem, déjà atteint comme des dizaines de milliers d'Algériens à l'époque, de trachome. Garçon-cocher sur la diligence Mostaganem-Tiaret, poseur de rails, docker, il était, totalement aveugle, devenu garçon d'écurie. Selon lui « Benkhedda », simplifié par l'état civil français dans sa transcription, correspondait au nom de la tribu à laquelle appartenait la famille, de son vrai nom « Ladjel ». Nebia El Ghali, mère du peintre, était née vers 1911 à Zemmora (wilaya de Relizane). Un colon ayant acheté vers 1920 le territoire ancestral, sa famille avait été massacrée par la tribu s'éprouvant spoliée, qui avait été ensuite décimée par l'armée. Le grand-père et le grand-oncle du peintre, emprisonnés à Berrouaghia et libérés vers 1942, mourront peu de temps après. Quand les parents du peintre se marient en 1929, sa mère elle aussi est aveugle.
La vieille ville de Mostaganem
Né, d'après les registres, le 14 mars 1930 Mohammed Khadda est l'aîné de cinq enfants, deux mourant en bas âge. Il entre en 1936 à l'école indigène de Tigditt, quartier arabe de Mostaganem. En 1942, la famille fuyant la famine et partant à pied à Zemmora, il porte alors son frère sur ses épaules. La tante qui l'héberge n'étant pas moins misérable, c'est trois mois plus tard le retour à Mostaganem où il se trouve, après un plaidoyer de son père, repris à l'école. En 1943 il reçoit le diplôme qui donne accès au lycée. Il est temps pour son père qu'il trouve un travail mais son instituteur lui obtient un an de répit puis en 1944, Khadda ayant obtenu certificat d'études, le fait embaucher à l'imprimerie de l'« Aîn Sefra ». Il y commence à dessiner et faire des croquis pour les imprimés à réaliser. Le soir il fait de la reliure, lisant les livres qui lui sont confiés, Hafid, Djami, Omar Khayyam, Mohamed Abduh, Taha Hussein, Gide, André Breton, Cocteau.